Les pierres qui ont bâti l’Alsace

© CRTA Zvardon / Écomusée d’Alsace
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L’architecture rurale alsacienne raconte mille histoires, dont celle de la géologie. Comme pour le vin, c’est toute la mosaïque des terroirs qui se retrouve dans les maisons traditionnelles.

La maison alsacienne : le monde entier la reconnaîtrait entre mille avec ses colombages complexes, ses grandes dimensions, ses tuiles en « queue de castor » et ses magnifiques décorations de pierre, de bois et de terre. De tout temps, elle a toujours été pensée à partir d’une ossature en bois, complétée par de la pierre. Aux habitations archaïques, que l’on suppose avoir été de simples huttes au poutrage et torchis très rudimentaires, vont succéder de petites maisons basses et massives, avant que les innovations techniques et esthétiques du Moyen-Age et de la Renaissance ne produisent les belles demeures typiques, joyaux du patrimoine architectural alsacien.

Des maisons d’avant-garde, en kit

L’utilisation des « bois courts » à la place de « bois longs » donne de la liberté aux artisans qui imaginent des maisons mobiles, faciles à démonter et rebâtir ailleurs, selon les impératifs de la vie. Ce qui explique d’ailleurs pourquoi dans l’ancienne juridiction alsacienne, les maisons étaient considérées comme des biens mobilier, et non immobilier.

Avec le temps, ces architectures s’enrichissent de colombages savants, d’encorbellements audacieux, les si charmants oriels, avec une pléiade de motifs décoratifs sculptés, gravés ou dessinés, porteurs de symboles et de messages, comme le Mann, la Croix de Saint-André, l’Arbre de vie et bien d’autres… Mais auparavant, il fallait remplir les vides de l’ossature bois ainsi réalisée. Avec quoi ? Une maçonnerie, du torchis, des planchettes, mais surtout avec le matériau que les artisans de métier trouvaient le plus facilement, sous leurs pieds, la pierre de leur sol.

A chaque région, sa pierre

© CRTA Zvardon / Écomusée d’Alsace

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Dans la plupart des régions d’Alsace, la pierre pure est utilisée pour les soubassements, un portail, le dallage de l’entrée, voire les encadrements voûtés des soupiraux de cave, les margelles du puits, bien sûr, avec les solides supports recevant les énormes poêles en faïence, et l’évier… Seul un mur était maçonné, celui qui séparait la cuisine de la « Stub », et qui servait ainsi de coupe-feu.
Le grès : C’est la pierre-reine d’Alsace. Cette roche a beaucoup servi à construire des fermes et des monuments en Alsace centrale, dans le Grand Ried particulièrement, où il suffit de regarder les portes pour voir les linteaux sculptés. Sa nature tendre permettait de le graver de monogrammes du Christ ou des Rois Mages.
C’est aussi en grès que sont élevés les murets ou les potelets de clôture. Taillée, cette belle roche tendre compose les magnifiques pavages en rosace, dits en « queue de paon ». Ses teintes passent de l’ocre au rose tendant sur le rouge, lorsqu’il comporte des oxydes de fer. Ces tonalités douces l’ont rendue attractive pour l’édification de bâtiments d’importance. Le plus bel exemple en est sans doute la magnifique Cathédrale de Strasbourg, entièrement construite en grès des Vosges, dont la façade aux mille nuances de roses et bruns s’illumine au soleil. Il faut admirer le travail des sculpteurs, qui s’en sont donné à cœur joie dans ce tendre grès pour faire jaillir de telles dentelles de pierre…

 Le calcaire : Le Jura Alsacien est admiré pour ses reliefs contrastés, pleins de caractère, typiques des paysages calcaires. Au Pays de Sundgau, cette roche a servi pour construire les soubassements de nombreuses fermes. Dans l’Alsace Bossue, enclave alsacienne du plateau lorrain, le calcaire est là encore largement utilisé, en moellons ou blocs taillés, pour édifier des murs, des chaînages d’angle et des corniches.

Point d’information : place du Château, Bouxwiller

Téléphone

Tél. : 03 88 89 23 45

Géologie : des sentiers à découvrir

Le granite : Cette roche est l’apanage des Vosges du nord. Il a édifié nombre d’impressionnantes citadelles fortifiées, comme le château d’Andlau, celui du Bernstein, ou encore le château de l’Ortenbourg, construit tout en granite lisse et blanc, au XIIIe siècle. La route des châteaux d’Alsace est un périple de constant émerveillement pour les amateurs de « vieilles pierres ».

 Il fallait y penser ! La géologie, que l’on soit savant ou pas, est un biais étonnant pour remonter le temps et redécouvrir son Alsace. Dans chaque région, des passionnés de clubs de géologie ont organisé des circuits, de tous les niveaux, qui vous entraînent à la découverte d’autres paysages, hors des sentiers battus. Quelques suggestions :
  • « Grès et paysages d’Alsace Bossue, boucle Jungholz », à Lorentzen, T. 03 88 00 40 39.
  •  « Sentier géologique de Barr Bernstein », 31 panneaux jalonnent 15 km de sentier créé par le Club Vosgien de Barr. T. 03 88 08 66 65.
  • « Sentier géologique de Sentheim » , 6 km uniques avec en prime, la visite de la grotte du Wolfloch. Maison de la géologie et de l’Environnement, T. 06 47 29 16 20.
  • « Sentiers découvertes du Bastberg », l’histoire des pierres qui ont façonné le paysage alsacien sous la forme de chortens, constructions de pierres sèches érigées tout au long du parcours.

Vidéo


Focus

Le village alsacien, hier et demain.

70 maisons d’un village abandonné ont été démontées puis remontées pierre par pierre par les bénévoles de l’Ecomusée de Ungersheim, selon un savoir-faire ancestral qui rejoint les technologies d’aujourd’hui. En effet, la première maison d’un quartier du futur commence à sortir des carnets d’architecte de Mathieu Winter. Elle sera donc bioclimatique, en bois Douglas des Vosges, avec des auvents végétalisés qui abriteront un potager, et un grenier recouvert de panneaux photovoltaïques où sera installée une serre. Et aura l’âme alsacienne, assurément.
Merci à Mr Guy Macchi.

www.ecomusee-alsace.fr